AFRICA
"D'inégales briques de terre séchées, une ou deux taules, quelques bouts de bois distordus, une bonne brassée de tige de mil : rien de plus pour habiter
Un bout de terre durcie, un soleil implacable, une solide Daaba, quelques tuyaux rouillés, un vieux modèle de motopompe : rien de plus pour travailler
Un tee-shirt plus usé encore que le pantalon, un bout de tissu décoloré, une paire de tongs en plastique : rien de plus pour s'habiller
Quelques poulets, une chèvre, deux ou trois sacs de mil plus un de riz, l'eau d'un forage ou d'un marigot : rien de plus pour vivre
Rien de plus...
Mais y-a-t'il vraiment besoin de plus ? Au milieu de ces maisons aux jointures rongées par le temps, au milieu de ces champs brûlés par le soleil, au milieu de ces poulaillers vides et de ces vêtements déchirés vivent des gens simples. Leurs visages ne reflètent ni colère, ni tristesse, ni jalousie. Au fond de leurs yeux pétille, au contraire, le feu de la vie...
Ils vivent avant tout au milieu d'un respect mutuel et d'une solidarité plus solide que la mieux bâtie des maisons, plus tendre que la plus travaillée des terres, plus enrichissant que le meilleur des repas, plus beau que le plus cossu des vêtements...
La richesse n'est rien sans le partage"
Léo, BTS GPN 2
BURKINA FASO
"Le 9 juin, départ de Marseille pour un lieu complètement inconnu...
Mon voyage devait bien se passer puisque tout était prévu et organisé. En effet, tout s'est passé comme prévu jusqu'à l'aéroport. Tout était différent, tout en étant identique, des odeurs, des atmosphères, une chaleur humaine INEXPLICABLE.
Un monde inconnu se dévoilait devant mes yeux.
Je venais de poser le pied en Afrique. Je savais que je n'étais pas de ce monde, ces visages illuminés, ces éclats de rire, j'observais tout ça devant la sortie de l'aéroport et je ne comprenais rien à ce qu'il m'arrivait. Le fossé culturel, on m'en avait parlé en France, mais je n'avais vu l'Afrique qu'en livre.
Je n'étais pas au bout de mes surprises. Nous roulions tous vers la même destination, nous étions huit dans le taxi-brousse. Tous les gens présents ne se connaissaient pas, ils venaient des quatre coins du Sénégal, et voulaient aller à Louga.
Comme je l'ai dit auparavant, ils ne se connaissaient pas du tout, et pourtant, ils discutaient, plaisantaient, ils semblaient être tous de très bons amis... Mes premiers souvenirs, c'est cela.
En arrivant dans la famille d'accueil, j'ai vite compris que, au bout d'un mois et demi que j'allais passer avec eux, ce ne serait plus une famille d'accueil banale, mais que ces personnes allaient faire vraiment partie de MA famille.
En effet, l'accueil était incroyable, des dizaines de personnes étaient tout autour de moi pour me parler, me dire bonjour. J'ai plus rencontré de personnes en une journée, ce jour-là, qu'en un an et demi en France ! En fait, je ne me rendais absolument pas compte de ce que j'étais en train de vivre. Beaucoup de choses étaient confuses et je ressentis cet accueil, à certains moments, comme une agression, je n'avais jamais vécu cela.
Les gens étaient gentils, attentifs à mon moindre désir. Les enfants étaient autour de moi et discutaient entre eux, le sourire jusqu'aux oreilles. On me posait beaucoup de questions auxquelles j'essayais de répondre le mieux possible. Mais la comparaison au vécu d'avant se fait automatiquement, même sans le vouloir. Alors que rien n'est comparable, et surtout pas le comportement des gens. Les jours qui suivirent furent bien plus forts encore.
Je commençais mon stage à l'hôpital de Louga. Les premiers temps, tout était des visions de cauchemars. Je n'avais jamais vu une plaie, à part quelques petits bobos, et surtout le seul mort que j'avais vu auparavant avait été habillé et maquillé. Je travaillais avec une infirmière stagiaire française, qui était là depuis trois mois et qui devait y rester encore six.
Je la remercie parce que sans elle, le commencement aurait été encore plus dur. Je l'observais en train de nettoyer les plaies, de refaire les pansements, forcément les moyens ne sont pas les mêmes que dans nos pays occidentaux.
Je n'avais fait aucun stage en hôpital français, je savais que le mode d'hygiène était en tout différent, que les modes de désinfections étaient également très différents, mais j'aurais aimer connaître les techniques occidentales pour comparer avec le mode de travail sénégalais peut-être à part d'ailleurs. Petit à petit, j'ai appris beaucoup de choses en observant, en pratiquant chaque semaine. Je changeais de service et j'arrivais à aider les infirmières qui étaient ravies de m'apprendre leur métier.
Elles m'ont appris à gagner la confiance des patients, grâce à quelques mots ou gestes. Je pouvais leur faire des soins, changer les perfusions, poser les cathéters ou faire des prises de sang, je me sentais complètement intégrée à la vie de l'hôpital. C'est un lieu de rencontres pour beaucoup de cultures différentes, les gens arrivent de toute la région pour se faire soigner, des Touaregs venant de la Mauritanie avec une langue et des moeurs complètement différents de ceux des Wolofs qui sont en majorité au Sénégal, des Peuls, des Maningues, quelquefois des Maliens et des Mauritaniens...
Ma dernière semaine de stage s'est déroulée en service de maternité où je garderais, je crois, à la fois les plus beaux et les plus malheureux souvenirs de mon séjour. J'ai eu la chance d'entrer dans un service où les infirmières m'ont donné toute leur confiance, elles m'ont même laissé accoucher des femmes.
Au début, j'étais très accompagnée, puis ensuite de moins en moins, j'ai pu accoucher une dizaine de femmes dont quatre où j'ai tout fait à partir du moment où l'on apercevait la tête de l'enfant, jusqu'au nettoyage des yeux au collyre. Bien sûr, je n'aurais pas dû faire ça puisque je n'ai jamais eu un enseignement théorique sur l'accouchement, ni même sur tout ce que j'ai fait pendant ce stage, mais une chose est sûre : ce serait à refaire, je n'hésiterais pas une seule seconde !!!
Mon départ était tout proche et je n'avais franchement pas envie de partir. Malgré la pauvreté, la misère, je me sentais mille fois mieux au Sénégal qu'en France. Je n'avais jamais été si proche de moi-même. J'étais terriblement heureuse de me lever le matin et contente de savoir, le soir, en me couchant, qu'une autre journée se préparait. Je m'investissais à fond dans tout ce que je faisais. A chaque instant, je me sentais vivre. Même en étant confrontée à la mort ou à la souffrance.
Quand je travaillais, j'essayais d'être au mieux, tout ce que je faisais, c'était avec le coeur, j'aurais pu y rester les nuits, toute la journée, pour moi le temps s'arrêtait quand j'étais auprès des patients. Je pense qu'on s'habitue à énormément de choses, la mort en fait partie, la souffrance a été pour moi très difficile au début, mais le plus dur, que je n'ai pas supporté, c'est la souffrance des enfants. Ma semaine en pédiatrie a été de loin la plus dure.
L'ambiance sénégalaise est unique, les gens vivant dans la misère arrivent à être plein de joie, ils se servent de tout ce qu'ils font, chaque instant, ils le vivent sans se préoccuper du reste. Dés qu'il y a un peu de musique, c'est la fête, tout le quartier vient danser, chanter, ils ont envie d'être heureux et à chaque opportunité, ils y sautent dessus, ils se contentent de ce qu'ils ont, sans se dire qu'il faut avour plus pour être bien.
J'ai été largement tentée de louper mon avion ce jour-là, je repoussais l'heure de mon départ. Mais mes amis me téléphonaient de France tous les quarts d'heure, pour être sûrs que je partirais. En partant, tout le monde est venu me dire au revoir. Chaque pas que je faisais vers le retour était très dur...
En arrivant en France, mes amis et ma famille m'attendaient, mais je n'étais pas du tout avec eux. Je me refusais à retrouver le stress permanent, les français, mon confort, mes loisirs, j'avais l'impression d'être quelqu'un d'autre.
Pendant deux semaines, c'était très difficile de parler aux gens, même à ma mère ou à mes amis. Ceux qui ne connaissent pas la réalité de ce que l'on a vécu me prenaient pour une héroïne ou quelqu'un d'inconscient. Moi, qui avais été confrontée pendant plusieurs semaines à des questions de vie ou de mort, leurs préoccupations me paraissaient vaines.
Je ne pouvais pas discuter de ce que j'avais appris et vu à l'hôpital, parce que soit il y en a qui veulent les détails, soit ils se disent incapables de l'entendre, presqu'en me traitant de détraquée qui cherche à voir les ventres ouverts, des amputations ou des accidentés de la route. Je n'ai parlé de rien. J'avais l'impression d'être dans une bulle, les gens me parlaient, mais je ne pouvais pas répondre.
Après deux semaines, tout allait beaucoup mieux, petit à petit, je reprenais mes habitutes d'européenne...
La chose que je retiens aujourd'hui : A quand la prochaine fois !!! "
Magali, BEPA Services Aux Personnes
SENEGAL
AU PAYS DES HOMMES INTEGRES
"Tout commença en septembre quand on m’a parlé du Club Burkina du Lycée. Un an après nous voilà près à partir dans ce pays dont on nous a tant parlé et dont on en a beaucoup imaginé les paysages, les gens, les mentalités, le fonctionnement…
Le 9 décembre l’avion atterrit à Ouagua. La première sensation qui m'est venue c’est la chaleur sur la piste de l’aéroport inhabituelle pour un européen en cette saison, surtout la nuit.
Ensuite viennent la poussière et les odeurs qui nous font bien comprendre qu’on est bien arrivé sur le sol africain. Au premier regard les gens apportent une grande attention à ce que tu fais, où tu vas, qui tu es…
A la sortie de la ville la brousse s’étend à perte de vue où quelques grands arbres tels que les baobabs percent le paysage.
Ces images défilent aux travers des vitres du véhicule, on peut voir la population locale le long de la piste allant au marché le plus proche vendre pour la plupart leur récolte ou leur artisanat.
Après quelques jours passés à discuter avec la population locale, on s'aperçoit que les gens sont super accueillants et ils ont toujours le temps pour parler avec toi. Même s'ils ont prévu quelque chose dans les heures qui suivent, ils sont prêts à t'aider.
Ils ont le sens de ne pas te contredire, cela peut parfois être gênant car on a l'impression d'être la science infuse. Mais ils ont un très bon raisonnement sur les choses de tous les jours, disons qu'ils prennent le temps de discuter entre eux autour d'un bon thé.
Le Burkina : Un pays pour les gens qui prennent le temps de découvrir les belles et les bonnes choses de la vie."
Clément, BTS GPN 2
BURKINA FASO
FORCE
" Terre battue, poussière orange, végétation brûlée par la sécheresse… c’est un paysage insolite, où tout doit décupler de volonté pour résister au climat difficile du pays. Trouver de l’eau, chasser ou cultiver une terre de béton… pas facile.
Et pourtant, c’est ce même soleil qui donne la vie à l’Afrique, qui a coloré ses Hommes, adapté ses animaux et ses plantes. Partout, ce soleil est présent, cette chaleur est là… c’est cette chaleur sur la langue due aux piments, ce sucre juteux dans les fruits, le thé amer et doux à la fois qui réchauffe le corps, les gouttes de sueurs sur la peau, les notes de musique qui enflamment une foule… tout cela venu d’une boule de feu.
Je me souviens des odeurs des épices, du riz qui cuit, du mil pilé, ou le goût de la sauce et du dolo… oh, je n’oublierais pas le Tô, saveurs africaines insoupçonnables ! Autant de sens en éveil, à toutes heures et surtout beaucoup de bonheur.
Est-ce le dur labeur au champ, la quête de l’eau au puits, l’argent manquant ou les kilomètres à pied et à vélo, qui ont donné cette force à un peuple ? Possible et très probable, voilà des gens qui savent, qui connaissent le goût de la vie pour avoir effleuré celui de la mort, qui aiment sans compter puisque l’amour est vrai, qui dansent pour penser et parler…
Mais ce sont aussi des contes, des danses, des sourires éclatant de joie, des chants venus tout droit du cœur, des mains pleines de chaleur, du courage à revendre, des amitiés vraies, des rires d’enfants, une solidarité retrouvée.
Alors, oui, cette vie est dure, pleine de souffrances et d’inégalités mais elle sait mettre les choses à leur juste valeur, on se lève parce qu’il fait jour, on se couche parce qu’il se fait tard, on rigole pour la bonne humeur, on travaille pour manger et on aime pour aimer.
Je retiens une chose : les choses simples sont justes et la vie vaut la peine de se démener un peu."
Jérémia, BTS GPN 2
BURKINA FASO
"... l'épreuve qui nous reste à passer est sans doute parsemée d'embuches, mais ceux qui la surpasseront, en ressortiront grandis et des ailes accrochées dans le dos.
Pour ceux, qui comme nous, savent voler, vous partirez vers des pays inconnus dans l'espoir de faire partager vos savoirs durement acquis en chauffant les bancs de l'école républicaine et laïque.
Mais attention car plus dur sera l'atterrissage sur une piste qui n'est pas en papier bulle. Le monde n'est pas une bulle opaque, il est donc important d'y avoir les yeux grand OUVERTS.
A l'image de l'érudit de la carte qui étudie son livre tranquillement dans une posture détendue, n'hésitez pas à travailler sérieusement et méthodiquement vos cours. N'oubliez pas que la détente est la clé de bonne condition pour passer votre examen..."
Elise, Sophie et Jeremy, stagiaires depuis 6-8 mois
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depuis Bobo-Dioulasso, BURKINA FASO,
Extrait d'une lettre envoyée aux étudiants actuels en plein examen...