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Les
écrivains de la BEAT GENERATION
Bertrand AGOSTINI,
Docteur és Lettres, professeur, auteur d'une
thèse sur Jack KEROUAC en 1991, spécialiste
de littérature américaine et Gilles
FARCET, auteur de "Allen Ginsberg,
poète et Bodhisattva Beat" (Ed. du Relié,
2004).
| Le
mouvement de la Beat Generation est né
aux Etats-Unis de la rencontre en 1943-44 entre
Jack KEROUAC, Allen GINSBERG
et William BURROUGHS. Ce trio
fréquente le monde des paumés et
des drogués de Times Square, se frotte
à la petite pègre et découvre
le jazz à Harlem.
source photo : www.deniskitchen.com
Lenny BRUCE
(N°1), William BURROUGHS (N°2), Allen
GINSBERG (N°3), Jack KEROUAC (N°4) et
Thelonious MONK (N°5) |

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Dans le vernaculaire noir
américain et notamment celui des jazzmen dés
le début des années 20, le mot "beat"
signifiait "exténué, battu, foutu,
loser, etc...". Kerouac entendit pour la première
fois ce terme de la bouche de Herbert Huncke, marginal
de Times Square, qui vivait d'expédiant : "Man,
I'm beat", ce qui veut dire "je suis un loser".
Globalement, Jack KEROUAC
reprit ce terme à son compte pour en qualifier
les écrivains de sa génération,
mais rapidement il s'aperçut qu'il y avait aussi
une dimension spirituelle et mystique puisque "beat"
est aussi la racine du mot "béatitude".
KEROUAC y vit le style propre de toute sa génération
; il inventa le label : il y avait eu la génération
perdue, celle-ci était la génération
foutue.
Ce mal du siècle,
né du vertige des grands espaces et décrit
par KEROUAC l'a conduit à s'interroger sur ce
monde trop vaste qui nous écrase. En 1955, Gary
SNYDER rencontre KEROUAC puis GINSBERG qui le décrivent
comme le type le plus fou et le plus intelligent qu'ils
aient rencontré. C'est le personnage dont le
pseudonyme est Japhy RIDER dans "Les Clochards
Célestes" publié en 1958. Gary
SNYDER établit de nouveaux rapports entre l'homme
et la nature, liés à une nouvelle compréhension
de la nature de l'homme lui-même. L'influence
de Gary SNYDER viendra infléchir le vagabond
vers le "clodo du dharma", le moine bouddhiste
itinérant, le vagabond sous son ombrelle trouée.
"Beat renvoie alors à la béatitude,
à la disponibilité qui ouvre une nouvelle
perception du monde.
La soirée d'octobre
1955 à San Francisco où Allen GINSBERG
lut HOWL, sa rhapsodie illuminée, et le procès
pour obscenité qui s'ensuivit, fit éclater
le mouvement beat dans le grand public américain.
En septembre 1957, "Sur La Route"
de KEROUAC trouva enfin un éditeur (Sur la
route a été écrit entre 1949
et 1952). Du jour au lendemain, l'Amérique fut
pleine de beatnicks, c'est-à-dire, dans l'image
de la grande presse, d'adolescents déguisés
en clochards crasseux, cheveux longs et nu-pieds, trouvant
des extases mystiques au fond de piaules grouillantes
de cancrelats.
Le 24 octobre 1969, on
enterrait au cimetière catholique de Lowell,
morne petite ville industrielle du Massachussetts, le
corps de Jack KEROUAC, mort d'une hémorragie
abdominale à l'âge de 47 ans. Depuis quelques
temps, il n'était plus que l'ombre de lui-même,
revenu auprès de sa mère. Il resta sourd
à la musique de Woodstock dont il aurait pu y
reconnaître, comme GINSBERG, la moisson de ce
que lui et ses amis avaient semés. Un chapitre
était clos. KEROUAC, le clochard céleste,
lampant sa gnole à même le goulot et scandant
ses blues à l'escale de la grande-route avait
été la star numéro un du mouvement
beat qu'une Amérique un peu effarouchée
avait vu exploser en 1955-57. La secousse qui, partie
d'un clan de copain emportés par le tourbillon
d'un narcissisme extatique, avait fini par transformer
le paysage culturel, voire politique de l'Amérique
et laissa un profond sillage.
"Sans bourse
délier, je quittai Los Angeles sur le coup de
midi, caché dans un train de marchandises, par
une belle journée de la fin septembre 1955. Etendu
sur une plate-forme roulante, mon sac sous la nuque,
les genoux croisés haut, je me laisse absorber
par la contemplation des nuages tandis que le convoi
roulait vers le nord. L'omnibus qui m'emportait me permettait
d'arriver avant la nuit à Santa Barbara où
je me proposais de dormir sur la plage. Le lendemain
matin, un autre omnibus m'emmenerait jusqu'à
San Luis Obispo, ou bien le rapide de marchandises me
déposerait à San Francisco à sept
heures du soir. (Premier paragraphe de "Les
Clochards Célestes", Gallimard, 1953)
Né dans
le Massachussets d'une famille de Canadiens français,
Jean-Louis KEROUAC (aussi appelé Ti
Jean et plus tard Jack), le plus jeune des trois enfants,
subit la mort de son frère Gérard à
l'âge de 9 ans. KEROUAC passe sa jeunesse entre
ses études, sa mère "Mémère"
vis à vis de laquelle il est très dévoué
et ses nombreux amis. Il commence très jeune
à écrire des nouvelles en se basant sur
un show de la radio nommé "The Shadow"
et plus tard sur les nouvelles de Thomas WOLFE. La famille
KEROUAC connaît des difficultés financières,
Jack KEROUAC aide alors sa famille en gagnant le championnat
de football avec l'équipe de l'University Of
Columbia et en se décidant plus tard à
entrer dans les assurances, travail qu'il n'a jamais
voulu assumer sérieusement. Puis vinrent les
problèmes, Jack KEROUAC se disputa avec son entraîneur,
son père perdit son travail et sombra dans l'alcoolisme.
Jack KEROUAC s'occupa alors entre la marine et ses amis
de l'université : Allen GINSBERG, William BURROUGHS,
... . En 1950, il écrit son premier ouvrage intitulé
Avant la route, ouvrage très
inspiré des romans de Thomas WOLFE. Les 7 années
qui suivirent ne furent que des échecs successifs
vis à vis des éditeurs. C'est pendant
ces années qu'il rencontra Gary SNYDER qui l'entraîna
dans le bouddhisme et la communion avec la nature. KEROUAC
retraça cette époque dans son livre Les
Clochards Célestes. Sa vie errante
faite de parcours insensés dans tous les sens
entre les Etats-Unis et le Mexique a commencé
à prendre fin lorsqu'il devint populaire. Il
sombra alors dans l'alcoolisme, échouant dans
sa quête de spiritualité bouddhique, brisant
les liens avec plusieurs de ses amis. Cette déchéance
pendant laquelle il écrivit quand même
de nombreux livres et articles, apparut dans les shows
télévisés et enregistra même
trois albums parlés, fut la conséquence
de l'incompréhension des médias, l'irreconnaissance
de son travail par les critiques et des différents
échecs de ses mariages avec Edie PARKER et Joan
HAVERTY. Abattu et seul, il passe la fin de sa vie en
compagnie de sa troisième femme Stella SAMPAS
et de sa mère. Le 21 octobre 1969, il s'éteint
à l'âge de 47 ans à St-Petersburg
en Floride. Son ouvrage majeur reste Sur
la Route (Editions Gallimard) qui est
le livre clé de la Beat-Generation. Sur
la Route est le récit des errances
de l'auteur (Jack KEROUAC porte le pseudonyme de Sal
Paradise dans ce livre) dans les étendues américaines
; voyageant en auto-stop, logeant chez qui l'accepte,
partageant femmes et alcool avec des amis de rencontre,
KEROUAC s'abandonne à la loi du hasard, à
la recherche d'une fraternité réelle entre
les gens. Le récit est le compte-rendu de cette
quête avec ses moments d'euphorie, mais aussi
ses passages à vide, ses instants nuls, ses échecs.
KEROUAC rend parfaitement dans ses ouvrages la nostalgie
des grands espaces. Il a parfaitement restitué
sa quête de la vérité entre christianisme
et boudhisme. Sa recherche de la vérité
pour l'aider à vivre s'est traduit par toutes
ces formes que sont l'écriture de poésie,
la peinture qu'il pratiquait en dilettante, la méditation
face à la nature, le passage par les différentes
drogues dures comme a pu le faire William BURROUGHS,
il préférait l'alcool. KEROUAC est passé
par toutes les formes d'écritures, principalement
le roman et la poésie.
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