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Le 11
juin 1559, il épouse Marguerite d'Arcons, fille
du juge de Villeneuve-de-Berg. Comme tous les protestants
de l'époque, ils se marient à l'église
locale. Ce n'est que 19 ans plus tard que le couple
s'installe et demeure au Pradel, en dépit des
fréquents troubles provoqués par les guerres
de religion. Olivier de Serres partage ses activités
entre l'exploitation du domaine, le diaconat de l'église
réformée de Berg et l'éducation
de ses 7 enfants.
Son frère cadet Jean de Serres, après des études
de théologie à Genève (un des premiers
étudiants de l'Académie fondée
par Calvin) est devenu pasteur et tente de concilier
protestants et catholiques. En 1596, il devient historiographe
du roi de France Henri IV, poste qu'il n'occupera que
deux ans puisqu'il meurt en 1598. Olivier prend alors
en charge les 9 enfants que laissent son frère.
En 1599, à l'âge de 60 ans, Olivier de
Serres arrive à Paris pour régler les
affaires financières de son défunt frère.
Il apporte avec lui Le
Théâtre d'Agriculture et Mesnage des Champs.
Quand le roi Henri IV eut connaissance de l'oeuvre,
ce fut l'élevage des vers à soie qui retint
son attention, car il offrait la possibilité
de produire le luxueux tissu à moindre coût.
La France dépensait des sommes énormes
pour acheter de la soie à l'étranger,
et le surintendant des finances Sully blâmait
ce gaspillage. Henri IV passe commande de 15 à
20 000 mûriers blancs à Olivier de Serres,
mûriers installés en 1603 dans les jardins
des Tuileries. Mais surtout, le roi fait imprimer en
brochure le chapitre du Théâtre
sur les vers à soie. Cette brochure, intitulée
La Cueillette de la Soye, par la nourriture des
Vers qui la font, est largement diffusée
entre 1602 et 1605, en particulier dans le sud-est de
la France. C'est de là que l'on peut dater la
renaissance de la sériciculture et l'essor des
magnaneries dans le Vivarais et les Cévennes
qui atteindra son apogée au milieu du XIXéme
siècle. Fort de la publicité procurée
par l'édition de cette brochure, Olivier de Serres
se lance dans l'édition de l'oeuvre entière,
qui paraît le 1er juillet 1600, chez Jammet Mettayer,
à Paris. A titre de repère, la même
année, Shakespeare publie Hamlet. Témoignage
du succès du Théâtre, l'oeuvre
sera rééditée 8 fois du vivant
de son auteur. Dans l'édition de 1605, Olivier
de Serres rajoute un chapitre résumant ses recherches
sur le mûrier, La Préparation de l'Escorce
du Meurier blanc, pour en faire du linge et autres ouvrages,
qui fait également l'objet d'une publication
séparée.
Le Théâtre d’Agriculture
rassemble les recherches effectuées par Olivier
de Serres sur l'agriculture de son temps. Après
avoir lu les écrits des agronomes qui l'ont précédé,
en particulier romains (Caton, Columelle, Palladius,
Pline l'Ancien), il a cherché à vérifier
leurs dires, tout comme il s'est efforcé de valider
ou non les pratiques ancestrales des paysans de son
époque. Il remet ainsi en cause la pratique de
l'assolement telle qu'elle se pratique en cette fin
de Moyen-Age agricole, en introduisant dans le cycle
la culture de plantes fouragères en lieu et place
de la jachère, afin que la terre au repos puisse
aussi s'enrichir.
Ses recherches ont aussi
porté sur le matériel : il est par exemple
l'inventeur du rouleau à pointe (actuel croskill)
et d'un rustique semoir en ligne à profondeur
constante. Grâce aux aménagements hydrauliques
réalisés sur son domaine, il a pu expérimenter
de nombreuses plantes inconnues ou méconnues
en France (notamment en provenance du Nouveau Monde)
: canne à sucre, coton, safran, riz, pomme de
terre, tomate, etc...
"Les pommes d'amour [=les tomates],
de merveille, et dorées, demandent commun terroir
et traictement, comme aussi communément, servent-elles
à couvrir cabinets et tonnelles, grimpans gaiement
par dessus, s'agrafans fermement aux appuis. La diversité
de leur fueillage, rend le lieu auquel l'on les assemble,
fort plaisant : et de bonne grace, les gentils fruicts
que ces plantes produisent, pendans parmis leur rameure.
[...] Leurs fruicts ne sont bons à manger
: seulement sont-ils utiles en la médecine, et
plaisans à manier et flairer."
"Cet arbuste, dict cartoufle [=pomme de
terre], porte fruict de mesme nom, semblable à
truffes, et par d'aucuns ainsi appellé. [...]
Quant au goust, le cuisinier les appareille de telle
sorte, que peu de diversité y recognoist-on de
l'un à l'autre."
(Olivier de Serres, Le Théâtre d'Agriculture et
Mesnage des Champs , sixiesme lieu, chapitre X "Du
Jardin Bouquetier ou à Fleurs, premièrement des Arbustes")
Olivier de Serres meurt
en 1619, 3 ans après sa femme Marguerite d'Arcons.
Il a probablement été enseveli au cimetière
de Villeneuve-de-Berg, comme il le souhaitait dans son
testament. Mais son corps a ensuite été
transféré dans sa propriété
où la légende dit qu'il repose non loin
de sa maison, sous quatre cyprès marquant l'emplacement
du cimetière familial.
En 1628, sur l'ordre de
Richelieu, les troupes royales démantelèrent
de nombreuses places fortes protestantes : le Pradel
est entièrement rasé. C'est assurément
la raison principale qui fait qu'il ne reste pas de
traces matérielles d'Olivier de Serres, hormis
Le Théâtre d'Agriculture.
L'unique portrait original que l'on possède de
lui le représente à 60 ans. Il est dessiné
par son fils Daniel. Avant peut-être d'heureuses
découvertes offertes par le hasard...
Ouvrages récents
sur Olivier de Serres :
- Henri GOURDIN, Olivier
de Serres, "Sciences, expérience, diligence",
en agriculture au temps de Henri IV, Editions Actes
Sud, Arles, 2001
- Jean BOULAINE et
Richard MOREAU, Olivier de Serres et l'évolution
de l'agriculture, Editions L'Harmattan, coll. "Les
Acteurs de la Science", Paris, 2002 |
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